 Doulce mémoire | Direction Denis Raisin Dadre
Requiem des Rois de France Eustache du Caurroy
Création 1999
Anne Delafosse-Quentin soprano Paulin Bündgen alto Hugues Primard ténor Marc Mauillon baryton Marc Busnel basse
Jean-Denis Monory récitant
Elsa Frank bombardes, doulçaines et flûtes à bec Jérémie Papasergio bombardes, doulçaines et flûtes à bec Francis Mercet bombardes, doulçaines et flûtes à bec Denis Raisin Dadre bombardes, doulçaines et flûtes à bec Eva Godard cornet à bouquin Franck Poitrineau sacqueboute Bruno Caillat percussions
" Musicologiquement avisée, cette reconstitution fait entendre une prodigieuse palette de timbres, d'alliages, d'accordements et de mixtures. La répartition des voix et des instruments procure un bonheur purement sensuel avant que d'être spirituel. " Le Monde
La Missa Pro Defunctis d'Eustache du Caurroy est sans conteste la messe de requiem la plus célèbre de l'Ancien Régime. La tradition veut qu'elle ait été jouée lors des obsèques d'Henri IV en 1610, bien qu'aucun document d'archive ne le prouve. Une messe de requiem ne peut se comprendre sans évoquer les cérémonies qui accompagnaient la sépulture d'un roi de France. Le déroulement du temps y joue un rôle prépondérant. Entre l'assassinat du Roi Henri IV le 14 mai 1610 et sa sépulture le 1er juillet, la France est plongée dans un mois et demi de deuil marqué par des cérémonies officielles, des processions, et toute une pompe funèbre qui culmine dans les grandes messes de Notre-Dame de Paris le 30 juin et Saint-Denis le 1er juillet. L'office des défunts chanté par la Chapelle du roi lors de ces messes est chargé de toute l'émotion et de la ferveur de la France entière.
Doulce Mémoire est porté par la Région Centre. Doulce Mémoire est aidé par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC du Centre, au titre de l'aide aux ensembles conventionnés. Doulce Mémoire est soutenu par le Conseil Général d'Indre-et-Loire, CulturesFrance- Ministère des Affaires étrangères et la Ville de Tours.
Requiem des Rois de France Eustache du Caurroy
La Missa Pro Defunctis d'Eustache du Caurroy est sans conteste la messe de requiem la plus célèbre de l'ancien régime. La tradition veut qu'elle ait été jouée lors des obsèques d'Henri IV en 1610, bien qu'aucun document d'archive ne le prouve. Plus tard, Sébastien de Brossard, dans son catalogue, affirme qu 'elle est devenue la messe de requiem officielle des rois de France : " Les amateurs de pretintailles (1) ne trouverons pas encore un coup ici ce qu'ils souhaitent. Cette musique comme le veut le sujet est fort triste, mais de la plus excellente qu'on puisse faire et l'on n'en chante jamais d'autres aux obsèques et aux services des Roys et des Princes à Saint Denis. "
Une messe de requiem ne peut se comprendre sans évoquer les cérémonies, inspirées des funérailles antiques, qui accompagnaient la sépulture d'un roi de France. Le déroulement du temps y joue un rôle prépondérant. Entre l'assassinat du Roi Henri IV le 14 mai 1610 et sa sépulture le 1er juillet, la France est plongée dans un mois et demi de deuil marqué par des cérémonies officielles, des processions, et toute une pompe funèbre qui culmine dans les grandes messes de Notre-Dame de Paris le 30 juin et Saint-Denis le 1er juillet. L'office des défunts chanté par la Chapelle du roi lors de ces messes est chargé de toute l'émotion et de la ferveur de la France entière.
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Voici la chronologie exacte de ces funérailles exceptionnelles à travers les textes historiques.
Le 14 mai 1610 le roi Henri IV est assassiné par Ravaillac rue de la Ferronerie à Paris. " Cette furie voyant que le Roy lui découvrait tout le flancs et qu'un valet de pied qui, seul le pouvoit empécher s'estoit arresté pour remettre sa jaretière luy porte deux coups de couteau. Le premier coup fut entré dans la seconde et troisième coste de la largeur d'un travers de doigt se coulant sur le muscle pectoral sans offenser le thorax, le second un peu plus bas au milieu du flancs entre la cinquième et sixième coste traversa l'un des lobes du poumons et donna jusqu'a l'artère veineuse ,au premier le Roy dit je suis blessé, mais le second suivit si promptement qu'à peine peut-il achever ces mots ce n'est rien car le sang lui vint à gros flots à la bouche. " Puis le 15 mai son corps est exposé et embaumé : " Sur la minuict du vendredi le corps du Roy dépouillé d'un habit de satin noir egratigné sans passement fut revétu d'un pourpoint de satin blanc et porté sur le lit de la chambre ou il fut vu considére, pleuré et regretté par toute la ville de Paris."
Le cœur du roi est emporté par le duc de Montbazon à La Flèche, sur le trajet les cérémonies se multiplient : entrées dans les villes, accueil par le clergé, messes. Le corps reste ensuite dans la chambre, dans un cercueil, où toute la noblesse, le parlement et le futur roi Louis XIII revêtu du manteau royal de pourpre avec Messieurs les frères, les princes de son sang, défilent en donnant l'eau bénite. " Le corps du Roy embaumé fut mis en un cercueil de plomb couvert d'une bière de bois sur laquelle on avait étendu un grand drap d'or "
De la chambre, il est porté le 10 juin à la salle des cariatides, sur le cercueil est posée une effigie revêtue des habits du sacre qui représente le roi, à qui selon la coutume, on continue de servir les repas. " Le corps fut descendu dans la grande salle basse du Louvre. Ladicte salle était tapissée des plus belles et plus riches tapisseries du Roy depuis le haut jusque en bas. Du haut de ladicte salle estoit érigée une tribune, sur celle-ci fut mise l'effigie du Roy faicte en cire ayant les mains jointes, vestue des habits royaux et la couronne sur la tête .Sur son manteau royal y avoit le collier de l'ordre et à son coté droit était le sceptre royal et à son coté gauche la main de justice. Près de ladicte effigie y avoient deux autels richement paréz l'un a dextre l'autre à senestre : a celui de dextre on disoit la grande messe de requiem en musique et a celui de la senestre quatre autre grande messe. Au long de la grande salle y avoient aussi plusieurs autels on l'on célébrait les messes basses."
Le 21 juin, l'effigie est enlevée et le lendemain, à Saint-Denis, on procède, à la hâte, à l'inhumation du roi Henri III dont le corps était resté à Compiègne. Cette cérémonie achevée, les crieurs annoncent dans Paris les funérailles du roi Henri IV. " Le lundi 28 jour dudict mois les 24 crieurs jurés ayants les ecussons et armoiries du Roy allérent par les carrefours de Paris avec leurs clochettes sonnantes annoncer les funérailles et convoi dudict Sieur Roy disant les paroles qui s'ensuivent : Nobles et dévotes personnes priez Dieu pour l'âme du très haut, très puissant et très excellent Prince Henry le grand par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre très chrestien très auguste très victorieux incomparable en magnanimité et clémence, lequel est trépassé en son palais du Louvre : priez Dieu qu'il ait son âme". "
Le 29 juin, commence l'extraordinaire procession qui conduit le corps du roi du Louvre jusqu'à Notre-Dame. " Le mardi 29 du mois les rues furent tapissées de noir de coté et d'autre depuis le château du Louvre jusqu'a l'église Notre Dame sur laquelle tapisseries estoint posées les armoiries du Roy et celles de la ville de Paris et par devant les maisons y avoient des torches allumées, sur les 2 heures de l'après midi le convoi commença à cheminer. "
Ce convoi est composé de toutes les congrégations régulières de Paris, la Justice Ordinaire du roi, les Facultés, l'Université, la Maison du roi, la milice, l'Ecurie, Notre-Dame avec la Sainte-Chapelle chantant en musique, les chantres de la Chapelle du roi, les joueurs de haut-bois (2), de fleustes, clairons, instruments musicaux, trompettes, tambours le tout couvert de noir... Pierre de l'Estoile raconte dans son journal que pour des raisons de préséance l'organisation du convoi fut très complexe, en effet, parti à 14h, il arrive à notre Dame à 22h, où sont chantées les vêpres et vigile des trépassés en musique. (3) Le lendemain le 30 juin, messe à Notre-Dame, le service divin est fait en musique de 9h à 14h, l'oraison funèbre est prononcée par Messire Cospeau, évêque d'Aires. A 15h, le convoi repart pour Saint-Denis, il arrive à 22h, et de nouveau les religieux chantent les vêpres et les vigiles des trépassés. Le 1er juillet, nouvelle cérémonie funèbre à Saint-Denis de 9h à 14h, puis le corps est porté à la cave des rois et le héraut proclame le nouveau règne. " Peu de temps après le comte de saint paul leva le baton de grand maitre et dit vive le roy, le héraut repris sa parole et cria a haute voix vive le Roy vive le Roy vive le Roi Louys treizième de ce nom par la grace de Dieu Roy de France et de Navarre très chrétien notre très souverain seigneur bon maitre, auquel Dieu doit très heureuse et très longue vie : Vive le Roy Louis."
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La musique des cérémonies
Le musicien cherchera en vain dans les descriptions minutieuses des cérémonies une indication précise sur la musique interprétée. Les chroniqueurs s'attardent plus volontiers, comme de nos jours, sur des détails vestimentaires et sur la présence des personnalités en vue. Seule la participation de la Chapelle avec ses chanteurs et l'Ecurie avec ses hauts instruments est attestée à Notre-Dame. La Chapelle chantait sans doute des oeuvres d'Eustache du Caurroy, sous-maître de la chapelle et chantre, au service d'Henri IV depuis 20 ans, décédé le 7 août 1609. Ce compositeur, employé au service successif de trois rois de France (Charles IX, Henri III, Henri IV) est, avec Claude Lejeune le grand musicien français de la fin du XVIème. Ils sont d'ailleurs tous les deux réunis dans la dédicace des airs de Le Vavasseur (1626) qui s'excuse de ne pas avoir " l'harmonie d'Orlande (Roland de Lassus), l'air de Claudin (Claude lejeune) & la doctrine de du Caurroy ".
Ce terme de doctrine fait référence à la science du compositeur, héritage de l'ars perfecta des compositeurs franco-flamands, reconnue dans toute l'Europe. La collection des 42 fantaisies instrumentales en est la démonstration la plus achevée à tel point que Sébastien de Brossard écrit dans son catalogue en 1724 à leurs propos : " il serait difficile de trouver rien de plus exact et de mieux travaillé selon les règles de l'ancien contrepoint, comme il n'était point géné par les paroles, ces fantaisies étant faictes pour les instruments; on peut dire qu'il a déployé toute sa science qui certainement était des plus profondes en ce temps là. "
Ecrite à cinq voix, la Missa pro defunctis est la seule messe de Du Caurroy qui nous soit parvenue, les trois autres messes à quatre voix étant perdues. Marin Mersenne dans son Harmonie Universelle éditée en 1636 rends hommage à son auteur : " Mais entre tous les françois qui se sont employez à cet Art, il semble que du Caurroy emporte le prix pour la grande harmonie de sa composition & de son riche contrepoint, comme l'on peux voir dans ses trois Messes à quatre & celle qui est à cinq. " La Missa pro defunctis ne suit pas le rite romain mais le rite parisien. Le Ceremoniale de Clément VIII, promulgué dans toute l'Europe en 1600 avait été mal accepté par les Diocèses français qui voulaient garder les privilèges de l'Eglise gallicane et affirmer leur indépendance vis-à-vis de Rome. Cette attitude de résistance explique les particularités liturgiques du Requiem, l'absence du Dies irae et la présence des deux pièces tirées du psaume XXII, In medio umbrae mortis et Virga tua, comme répons-graduel à l'intonation si ambulem. L'écriture du Requiem reste assez archaïque, comme il était de coutume pour une messe des défunts avec cependant une attention permanente à la clarté de la déclamation ; le contrepoint ne nuisant jamais à la perception du texte.
Les deux psaumes en français qui ouvrent le concert, Du fond de ma pensée (de profundis clamavi ad te) et Etans assis aux rives aquatiques (super flumina Babylonis), étaient chantés lors de l'office de vêpres des défunts. Aux versions en plain chant, nous avons préféré la mise en musique de Claude Goudimel, musicien réformé qui emprunte les textes aux traductions de Clément Marot et Théodore de Bèze. Cet hommage rendu à la musique protestante nous semblait nécessaire compte tenu de la personnalité du roi. Si les orateurs, pour des raisons politiques, insistent en effet dans leurs panégyriques et oraison funèbre sur les vertus chrétiennes du Roi, défenseur de l'Eglise catholique, il ne faut pas occulter l'appartenance de Henri IV au culte réformé avant qu'il ne l'abjure. " Paris vaut bien une messe… ". Son enfance a été bercée par le chant des psaumes, et il symptomatique que le musicien officiel de la Chapelle, Eustache du Caurroy, puise dans le répertoire réformé, celui des psaumes, pour écrire six de ses fantaisies, faisant preuve, au sein de l'institution la plus en vue du royaume, d'un esprit de conciliation musicale tout à fait remarquable.
La pavane joué avant le Requiem évoque les musiques qui accompagnaient la procession du Louvre à Notre-Dame et à laquelle participait l'Ecurie du Roy, une institution composée de hauts instruments : cornets, chalémies, bombardes, sacqueboute et tambour. Le manuscrit Philidor d'où est extrait cette pavane, contient des musiques expressément écrites pour les grandes cérémonies royales de l'époque, l'écriture à six voix donne à cette formation une plénitude sonore et une gravité " propre pour les grandes assemblées " comme le note le père Mersenne en 1636.
Cette évocation des funérailles d'Henri IV serait incomplète sans la musique des mots. Peu de temps après sa mort, des épitaphes, discours lamentables, déplorations, larmes et sanglots de la France désolée, recueil de vers lugubres, sortent des presses. Les 38 oraisons funèbres prononcées dans les églises du royaume, sont recueillies et éditées par G. Du Peyrat. Si certaines sont de purs exercices de rhétorique écrits dans un style amphigourique, références obligées à l'Antiquité, exaltation sans nuances des vertus royales, d'autres, comme l'oraison prononcée à Notre-Dame de Paris par l'évêque d'Aires, messire Cospeau, nous émeut encore. Avec beaucoup de subtilité, l'orateur commence par avouer l'impuissance de l'éloquence (" il n'y a qu'une sorte de voix pour eux, c'est de n'en avoir pas "). Il ne s'agit pas d'écrire un beau discours " plein de recherches et d'artifices ", mais de toucher par des procédés comme la gradation (" la frayeur, les regrets, les gémissements "), les séquences rythmiques, " le son de ces funestes et douloureuses cloches " et la répétition par trois fois de la formule latine cecidi corona capitis nostris vae quia peccavimus, qui revient comme une incantation lugubre. Il faut imaginer Notre-Dame de Paris, tendue de noir, remplie par la Cour, tous les corps constitués, les congrégations religieuses, le peuple de Paris pour une messe de cinq heures, point culminant d'un deuil d'un mois et demi pour comprendre la force de l'oraison funèbre qui résonne sous les voûtes de la cathédrale. Enfin, nous ne pouvions clore cette office des défunts sans évoquer ce moment très émouvant où, à l'église Saint-Denis, l'on retire la couronne, le sceptre et la main de justice, qui était sur le corps du roi et où, après la mise au tombeau, et un silence où " chacun se mis en prière, ayant la larme à l'œil ", on annonce le nouveau règne au son des " trompettes, clérons, haultboys et tambours ".
Denis Raisin Dadre - Avril 2001
Remerciements à Nicole Rouillé pour son travail autour de la restitution (prononciation et gestuelle) de l'Oraison, grâce à ses recherches relatives à l'art et aux techniques d'éloquence définies par la Contre-Réforme.
Notes :
(1) Pretintailles : Ce mot est en usage depuis quelques années pour signifier les falbalas, les franges, les découpures et autres agréments ou ornements qu'on met aux écharpes et aux robes des femmes.(Dictionnaire de Trévoux MDCCLXXI). Sébastien de Brossard utilise ce terme de façon imagée pour désigner les amateurs de frivolité.
(2) Haut-bois : terme générique pour désigner une famille d'instruments à anches double plus communément appelé bombarde de nos jours.
(3) En musique : ce terme désigne la musique polyphonique par opposition au plain chant, on disait aussi à la Renaissance " musique faicte "
Les textes sur la mort d'Henri IV proviennent de quatre ouvrages conservés à Paris, à la Bibliothèque Nationale et à la Bibliothèque Sainte-Geneviève.
- L'ordre de la pompe funèbre observée au convoi et funérailles du très chrétien prince Henry le grand, Lyon, Claude Morillon, 1610.
- Histoire déplorable de Henry IV Roy de France et de Navarre, Pierre Matthieu, Lyon S.D.
- Les oraisons et discours funèbres de divers auteurs sur le trépas de Henri le Grand, très chretien, Roy de France et de Navarre, dédié au Roy par G. du Peyrat, aumônier servant de sa majesté, à Paris, 1611.
- Le convoi de coeur du très auguste, très clément et très victorieux Henry le grand IV du nom, très chrétien Roy de France et de Navarre, depuis la ville de Paris jusqu'au collège Royal de la Flèche, à Paris chez F. Reze, marchand-libraire rue des amandiers, 1610.
Doulce Mémoire Direction Denis Raisin Dadre
Requiem des Rois de France Eustache du Caurroy
Textes et traductions Psaume CXXX (traduction de Clément Marot)
Du fond de ma pensée Au fons de tous ennuis A toi s'est adressée Ma clameur jours et nuits : Enten ma voix plaintive, Seigneur il est saison, Ton aureille ententive Soit à mon oraison.
Si ta rigueur expresse En nos pechez tu tiens, Seigneur, Seigneur, qui est ce Qui demourra des tiens ? Or n'es tu point sévère, Mais propice à merci : C'est pourquoi on révère Toy,et ta Loy aussi.
En Dieu je me console, Mon âme s'y attend, En sa ferme parole Tout mon espoir s'estend. Mon âme à Dieu regarde Matin et sans séjour, Plus matin que la garde Assise au point du jour.
Qu'Israel en Dieu fonde Hardiment son appui : Car en Dieu grâce abonde, Et secours est en lui. C'est celui qui sans doute Israel jettera Hors d'iniquité toute, Et le rachetera.
Psaume CXXXVII (traduction de Théodore de Beze)
Estans assis aux rives aquatiques De Babylon, plorions mélancoliques, Nous souvenans du pays de Sion : Et au milieu de l'habitation, Ou de regrets tant de pleurs épandismes Aux saules verts, nos harpes nous pendismes.
Lors ceux qui là captifs nous emmenèrent De les sonner fort les importunèrent, Et de Sion les chansons réciter : Las, dismes nous, qui pourroient inciter Nos tristes cœurs à chanter ta louange De nostre Dieu en une terre étrange ?
Or toutefois puisse oublier ma dextre L'art de haper avant qu'on te voit être Jérusalem hors de mon souvenir Ma langue puisse à mon palais tenir Si je t'oublie et si jamais ai joye Tant que premier ta délivrance j'oye
Aussi sera Babilon mis en cendre Et très heureux qui te saura bien rendre Le mal dont trop de près nous vient toucher Heureux celui qui viendra arracher Les tiens enfants de ta mamelle impure Pour les froisser contre la pierre dure.
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Eustache Du Caurroy (1549- 1609) Missa pro defunctis
Subvenite Sancti Dei Subvenite Sancti Dei, occurrite angeli Domini, suscipiente animam ejus. Offerentes eam in conspectu altissimi Suscipiatte Christus, qui vocavit te, et insinum Abrahae angeli deducant te.
Venez à son aide (plain-chant) Venez à son aide, Saints de Dieu, Venez à sa rencontre, anges du Seigneur afin de recevoir son âme et de la présenter aux regards du Très-Haut. Que le Christ qui t'a appelé te reçoive : et que les anges te conduisent dans le sein d'Abraham.
Introitum Requiem aeternam dona eis, Domine : Et lux perpetua luceat eis. Te decet hymnus, Deus in Sion, Et tibi reddetur votum in Jerusalem. Exaudi, Deus, orationem meam, Ad te omnis caro veniet.
Chant d'entrée Accorde, Seigneur, le repos éternel à nos défunts et que brille à leurs yeux la lumière sans déclin. à toi la louange, ô Dieu, dans Sion, pour toi l'on acquitte ses vœux à Jérusalem. Exauce ma prière, ô Dieu et tout être de chair viendra à toi.
Kyrie Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.
Kyrie Seigneur, prends pitié. Ô Christ, prends pitié. Seigneur, prends pitié.
Graduale Antiphona : Si ambulem in medio umbrae mortis, Non timebo mala quoniam tu mecum es, Domine.
Graduel Antienne : Si je marche entouré de l'ombre de la mort, je ne crains point le mal car toi, Seigneur, tu es avec moi.
Versus : Virga tua et baculus meus ipsa me consolata sunt.
Verset : Ta houlette et ton bâton, Voilà mon réconfort.
Antiphonia repetitur.
Antienne (reprise)
Oraison funèbre prononcée par messire Cospeaux, évêque d'Aires en l'église Notre Dame de Paris
Princes très illustres, Eglise désolée, France abbatüe et mourante de dueil qu'attendez vous de moi ? je viens hélas ! non pour loüer la vie de ce Monarque incomparable, mais pour pleurer la mort : non pour célébrer ses conquestes, mais pour plaindre notre perte ; non pour chanter ses triomphes mais pour dire en gémissant ces tristes paroles, Cecidit Corona Capitis nostris, vae nobis quia peccavimus. La couronne de notre tête est tombée, mal'heur à nous parce que nous avons péché.
Oui certe, si vous le prenez bien, l'éloquence qui fait mieux paraitre la grandeur et la bonté d'un Roy que la mort a ravi, ce sont les larmes et les gémissements de ses sujects : le Prince dont on peut honorer le trépas par une harangue préméditée pleine de recherche et d'artifice montre qu'il touche plus à la langue qu'au coeur : les Pères du peuple, les vrays Roys ne se peuvent loüer que par des plaintes et les regrets; il n'y a qu'une sorte de voix pour eux, c'est de n'en avoir pas : et jamais ils ne sont honoréz comme il faut que quand les discours sont entrecoupéz de souspirs, et les mots suffoquéz par les sanglots.
Les louanges de celui dont nous célébrons la mémoire, ne se peuvent dire, elles sont au dela de toute conception, nos regrets ne se peuvent taire, ils retentissent par tout et il n'y a ni recoin ni lieu du monde qui ne réponde un lamentable écho à ces tristes paroles Cecidit Corona Capitis nostris vae nobis quia peccavimus.
L'honneur de ses armes, les lauriers d'une infinité de victoires, qu'il a planté parmy ses fleurs de lis, ont mit sans doute le premier, et l'un des plus brillans fleurons à ceste Couronne : mais qui pourroit, où trouver des paroles suffisantes et dignes, s'il fallait les considérer en leur verdeur et comme il les arrousoit du sang bouillant de ses ennemis, ou manquer de souspirs, de larmes et de sanglots, maintenant que nous les voyons flestries et abbatues ?
Durant sa vie le bruit de tout l'univers, le son des plus ésclatantes trompettes, dont la renommée se servit jamais, les plumes véritâbles et éloquentes d'une infinitée d'historien, la confession d'un million de vaincus, les chants de triomphe d'autant de vainqueur, faisaient retentir par tout la force, la valeur de son invincible courage .C'était donc alors qu'il eut fallu joindre nos chants de joie et d'allégresse à l'harmonie de tant de voix qui célébrait comme à qui mieux, le contentement de la France et les conquestes de son Roy : mais maintenant que cette heureuse vie est changée en un lamentable trespas ; le son de ces funestes et douloureuses cloches, la voie dolente de la renommée, les funébres poëmes des muses affligées, la frayeur, les regrets, les gémissements des François, les pleurs de nos ennemis mesmes, l'estonnement de tout le monde, ne peuvent rien faire entendre, sinon que la malheureuse mort a vaincu ce prince admirable (qui pour l'avantage des François et pour l'honneur des fleurs de lis, pouvoit vaincre tout l'univers). Or que puis-je répondre à toutes ces dolentes voix que celles qui sont de même accent Cecidit Corona Capiti nostri vae nobis quia peccavimus.
Antiphona ad offertorium Domine jesu christe, Rex gloriae, libera animas omnium fidelium defunctorum de manu inferni et de profondo lacu : libera eas de ore leonis, Ne absorbeat eas tartarus, Ne cadant in obscura tenebrarum loca : Sed signifer sanctus Michael Representet eas in lucem sanctam : Quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.
Offertoire Seigneur Jésus Christ, Roi de Gloire, délivre les âmes de tous les fidèles défunts du pouvoir de l'enfer et du marécage sans fond : délivre-les de la gueule du lion. Qu'ils ne soient pas engloutis par l'abîme, qu'ils ne tombent pas dans l'obscurité de la nuit. Mais que Saint Michel et son étendard Les mènent jusqu'à la lumière Que jadis tu promis à Abraham et à sa descendance.
Versus : hostias et preces tibi Domine, offerimus : Tu suscipe pro animabus illis quarum hodie Memoriam agimus : fac eas, Domine, de morte transire ad vitam sanctam. Quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.
Verset : Nous t'offrons, Seigneur, sacrifices et prières : Toi, reçois-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire en ce jour. Fais-les passer, Seigneur, De la mort à la vie sainte qu'autrefois tu promis à Abraham et à sa descendance.
Sanctus Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth. Pleni sunt caeli et terra gloriam tua. Hosanna in exelsis. Benedictus qui venit in nomine Domini. Hosanna in excelsis.
Sanctus Saint, saint, le Seigneur, Dieu de l'Univers, Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire, Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna au plus haut des cieux. Anamesis Pei Jesu Domine, dona eis requiem sempiternam
Anamnèse Doux Jésus Seigneur, Donne-leur le repos éternel.
Agnus dei Agnus Dei qui tollis peccata mundi dona eis requiem. Agus dei qui tollis peccata mundi dona eis requiem Sempiternam.
Agneau de Dieu Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, donne-leur le repos. (reprise) Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, donne-leur le repos éternel.
Antiphona ad communionem Lux aeternam luceat eis,Domine , Et lux perpetua luceat eis. Cum sanctis tuis in aeternum, quia pius es.
Antienne de la communion Que la lumière éternelle resplendisse pour eux, Seigneur, En compagnie de vos Saints durant l'éternité grâce à votre bonté. Donne-leur le repos éternel, Seigneur, Et que la lumière resplendisse sur eux sans déclin. En compagnie de vos Saints durant l'éternité grâce à votre bonté.
Responsorium ad absolutionem Libera me, Domine, de morte aeterna in die illa tremenda : Quando caeli movendi sunt et terra : Dum veneris judicare saeculum per ignem.
Répons pour l'absoute Délivre-moi, Seigneur, de la mort éternelle en ce jour redoutable, quand les cieux et la terre seront ébranlés, lorsque tu viendras juger le monde par le feu.
Versus : Dies illa, dies irae calamitatis et miseriae, dies magna et amara valde. Quando caeli movendi sunt et terra Dum veneris judicare saeculum per ignem.
Verset : Ce jour-là, jour de colère, de malheur et de misère, jour de grandeur et d'amertume extrêmes, quand les cieux et la terre seront ébranlés, lorsque tu viendras juger le monde par le feu.
Credo quod redemptor Credo quod redemptor meus vivit et innovissimo die de terra surrecturus sum, et in carne mea videbo deum salvatorem meum.
Credo quod redemptor (plain-chant) Je crois que mon Rédempteur est vivant et qu'au dernier jour, je surgirai de la terre. Et c'est dans ma chair que je verrai Dieu, mon Sauveur.
In paradisium In paradisium deducant angeli : in tuo adventu suscipiant te martyres, et perducant te in civitatem sanctam jerusalem.
In paradisum (plain-chant) Jusqu'en paradis, que les anges te conduisent, à ton arrivée, que les martyrs te reçoivent, et qu'ils te conduisent dans la Sainte cité de Jérusalem.
Le Roy est mort, vive le Roy !
La messe dite et les prières et oraison, le maître des cérémonies leva la couronne Royale, le sceptre et la main de justice et les draps d'or qui estoit sur le corps du dict sieur Roy. Les gentilhommes de la chambre et les archers levèrent ledit corps et le portèrent à la cave des roy. Le héraut d'arme cria par trois fois le Roys est mort lors chacun se mis en prière, ayant la larme à l'œil. Peu de temps après le Comte de Saint Paul leva le bâton de grand maître et dit : Vive le Roy. Le héraut repris sa parole et cria à haute voix : Vive le Roy. Vive le Roy. Vive le Roi Louis treizième de ce nom par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre très chrétien notre très souverain seigneur bon maître, auquel Dieu doit très heureuse et très longue vie : Vive le Roy Louis.
Doulce Mémoire est porté par la Région Centre. Doulce Mémoire est conventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC du Centre, soutenu par le Conseil Général d'Indre-et-Loire, le Ministère des Affaires étrangères / CulturesFrance et la Ville de Tours.
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